Mains

Ce n’est pas une paume ouverte avec ses lignes …

Sa main est délicatement posée sur l’accoudoir de son fauteuil, recouvert d’un napperon immaculé finement brodé. Avec de petits mouvements légers, presque imperceptibles, elle cherche à en effacer des plis imaginaires. 

Sa main, si petite, si fragile est silencieuse. Sa peau parcheminée est si fine qu’on l’imagine translucide, le moindre accrochage a laissé des traces. Ses articulations proéminentes sont déformées par le temps et ses ongles jaunes, striés sont coupés ras. La bague qu’elle porte à l’annulaire n’est plus qu’un mince fil d’or.

Sa main avec les méandres de ses veines bleutées, la constellation de taches brunes, les rides et les plis forme un tableau éphémère, sans cesse renouvelé au gré de ses mouvements.

L’envie me vient de poser ma main sur la sienne, mais ce geste n’est pas envisageable, notre espace est infranchissable, aussi je me contente d’un regard appuyé comme pour percer son secret à jamais.

 

Aisa Cleyet-Marel, Novembre 2012