Carol Letanneur

Le corps qui devient portrait ou territoire, une exploration sans fin. Un questionnement permanent sur la relation à l’autre, à soi-même et à l’image photographique.

Je ne suis ni spectateur, ni opérateur, je suis le témoin des moments de l’intimité humaine.

Mon travail se veut être une ouverture sur les univers émotionnels, sensoriels, d’introspection et de révélation de soi-même à travers l’autre. 

Une volonté de créer et garder la mémoire d’une charnalité perdue, d’une corporalité sur l’immortalité du lien affectif.  Elle témoigne également de notre quête d’identité et de cette éternelle question : « qui suis-je ? »

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A propos

Ne porte-t-on pas toujours un peu du destin de son nom dans sa vie, dans son œuvre? Pour l’endosser ou pour le conjurer?

Récits de surfaces, d’épidermes, de grains, de peaux. Leur singularité, leur diversité, leur finesse agissent comme des révélateurs de la grande histoire du désir de l’autre, d’autre.

Ainsi, pour Carol Letanneur la nudité rime avec la surface de la peau. Et la peau porte au regard des autres l’histoire de chacun, dessine au plus près l’âge et les rapports affectifs. Les surfaces questionnent l’irréductibilité de l’autre à soi, devant soi.

Au-delà, la photographe inscrit clairement dans ses images la relation très intime qu’elle établit avec ses modèles. Son questionnement personnel perce jusqu’à mettre en jeu ce qu’elle a partagé avec eux. Cela se traduit par des images sans rudesse aucune, dans la confiance partagée et l’abandon des poses que le spectateur perçoit d’emblée dans la lumière sans dramatisation des photos.

Le regard bute sur la surface plane du papier et la creuse, la fouille, l’explore avec l’envie de la toucher. Des enveloppes charnelles, lisses ou plissées, duveteuses ou soyeuses, captées dans la distance à l’autre presqu’abolie et pourtant impossible à combler, dans l’instant à jamais passé, fixé dans l’image, en suspens, comme un possible d’être autrement qui ne pourra jamais se réaliser. La grande énigme de l’autre, irréductible malgré le regard amoureux dont on le couve.

 

La peau comme enveloppe, dans tous ses états, et la photo comme peau. Modulations délicates des carnations dans les triptyques et les quadriptyques des mères à l’enfant cadrées au plus près des points de contact et des plissements. Variations des gris, des noirs et des blancs, regards tendus vers l’autre dans les portraits en plans américains. Cadrages serrés sur des mains. Et la vieillesse comme un miroir, sans échappatoire, sans ombres portées.

Par les duos , couples, enfant-mère, femmes jeunes ou jeune et vieille, mature et vieille, la photographe amorce des récits interrompus, porte un regard attentif sur les modifications liées aux âges de la vie. La question est à chaque fois posée de la tendreté des chairs, de la porosité, des appuis, des recouvrements, des embrassements jusqu’à la pellicule d’eau claire sur les corps immergés comme une protection à la fois transparente et scintillante.

Dans les paysages c’est encore à l’eau calme et protectrice que s’intéresse Carol Letanneur, aux reflets et aux symétries qu’elle dessine, aux échos qu’elle déploie dans une recherche d’harmonie paisible, intemporelle.

Et pourtant, ce désir du plus proche, cette quête de fusion ne se résout que dans l’image. Ce n’est pas l’autre là devant qu’on touche mais nous qui sommes touchés, qui nous attardons à comparer les nuances qui différencient, qui se côtoient sans se mélanger; à s’inquiéter des stigmates dont la vie marque les corps, invités à caresser du regard mais du regard seulement.

Michèle Waquant, 27 février 2016

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